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Les Pyrénées

Les débuts de l’hydroélectricité : le contexte pyrénéen

 


Lac du Soulcem

Divers facteurs physiques ont été favorables aux premiers développements de l’hydroélectricité dans les Pyrénées françaises : précipitations importantes, multiplicité des lacs, fortes déclivités des vallées… Toutefois la faiblesse des bassins versants d’altitude (notamment par rapport aux Alpes) a souvent contraint les premiers aménageurs à concevoir des installations relativement complexes, utilisant parfois la complémentarité des potentialités hydrauliques de lacs ou de vallées. D’autre part, la présence de hauts sommets dans la partie centrale a favorisé les premiers aménagements avec de grands dénivelés, qui, à leur époque, ont détenu des records de hauteur de chute : Orlu (950 m) en 1910, puis Le Portillon (1 400 m) en 1941.

Orlu
Centrale d'Orlu en construction

Au début du XXe siècle, le développement de l’utilisation de la force de l’eau pyrénéenne pour produire de l’électricité à l’aide de turbines s’est effectué sous l’influence de différents éléments.

Tout d’abord, les premiers concepteurs (notamment Joachim Estrade) ont eu pour projet de produire de l’électricité afin d’alimenter en éclairage et en force motrice quelques régions pyrénéennes. Ainsi l’usine de Saint-Georges (3 600 cv) a permis, dès 1900, de fournir de l’électricité à bon nombre de communes rurales de l’Aude et des Pyrénées Orientales. À cette occasion, le courant électrique a pu être amené sur une distance de plus de 100 km, donnant ainsi aux Pyrénées une image de région pionnière dans le domaine du transport d’énergie. Quelques années plus tard, l’usine d’Orlu dans l’Ariège a permis, grâce à des installations audacieuses, d’alimenter en électricité Toulouse et sa région par une ligne de 55 000 volts.


Centrale de Saint Georges

D’autre part, les industries naissantes (électrochimie, électrométallurgie, papeteries…) ont disposé grâce à l’hydroélectricité, d’une énergie bon marché et disponible directement sur place pour alimenter leurs usines. Cela a été particulièrement le cas dans l’Ariège (notamment la vallée du Vicdessos) et dans les Hautes-Pyrénées (la vallée d’Aure), où le tissu industriel a ainsi commencé à se densifier dès les années 1910.

L’influence des compagnies de chemin de fer dans la mise en valeur du potentiel hydroélectrique pyrénéen a été particulièrement significative. En effet, afin d’électrifier ses lignes, la Compagnie des Chemins de Fer du Midi a été à l’origine de la création de plusieurs centrales, notamment dès 1902 dans les Pyrénées Orientales. Le transport des produits industriels, ainsi que la desserte des grandes villes du sud-ouest et des stations thermales pyrénéennes, en ont été alors facilités. D’autre part, grâce « au Midi », un réseau de distribution électrique a été réalisé par la suite dans le grand sud-ouest, constituant déjà les prémices du réseau actuel.

De par sa situation excentrée dans l’hexagone, la région pyrénéenne a bénéficié du transfert de bon nombre d’industries grosses consommatrices en énergie (électrochimie, électrométallurgie) pour les besoins de la guerre 1914-1918. Cette période de guerre, malgré son désastre économique et humain, a ainsi donné une impulsion importante à l’hydroélectricité pyrénéenne, et plusieurs centrales ont été alors réalisées afin de subvenir aux nouvelles demandes en énergie. Diverses vallées ont bénéficié de cet essor, en particulier celles du Gave de Pau, de la Neste, et de la Pique.


Principales usines hydroélectriques dans les Pyrénées en 1925

La stratégie de l’exploitation de l’énergie hydroélectrique dans les Pyrénées va évoluer au cours de l’entre-deux-guerres : à une phase d’usines isolées du début du XXe siècle a succédé une phase d’aménagements d’ensembles de vallées (Ossau, Neste du Louron, région de Luchon). Cette évolution a permis de limiter les gaspillages d’énergie grâce une exploitation plus rationnelle des ressources hydrauliques de chaque vallée.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la nationalisation des moyens de production, de transport et de distribution de l’énergie a permis, grâce à la création d’EDF en 1946, de faire naître de nouveaux projets. Ce sera en particulier le cas dans la haute vallée de l’Ariège (centrales d’Aston, de L’Hospitalet, de Soulcem, …), et dans la vallée du Gave de Pau, où sera installée la centrale de Pragnères, la plus puissante des Pyrénées (180 MW).


Centrale de Pragnéres

À compter des années 1970, la plupart des grands sites pyrénéens seront aménagés. Une politique de modernisation des usines et de développement de la petite hydroélectricité va alors se mettre en place, associée à une prise en compte plus active des problèmes de protection de l’environnement. La rentabilité des nouveaux projets hydroélectriques sera par la suite appréciée selon, entre autres, les diverses « crises de l’énergie ». On assistera malgré tout jusqu’à la dernière décennie du XXe siècle, à un accroissement de la puissance hydroélectrique installée, qui attendra alors de l’ordre de 2 400 MW.

Les travailleurs de la montagne ont réalisé l’ensemble des ouvrages correspondants dans des situations souvent éprouvantes, notamment en raison de conditions climatiques particulièrement rudes et des reliefs difficiles, et les accidents ont été nombreux. Tous ces pionniers méritent un bel hommage.

 

Textes de Pierre CRAUSSE (cf bibliographie)

 

 

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