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Les Alpes

Des premières petites usines aux aménagements grandioses…

 

Les Alpes bénéficie d’un potentiel hydraulique remarquable grâce à des précipitations importantes et à une morphologie spécifique, avec notamment la présence de sommets de haute altitude dans la partie nord.

Au cours du XXème siècle, les cours d’eau ont eu pour la plupart un régime glaciaire, avec de faibles débits en hiver. L’utilisation de réservoirs saisonniers (lacs naturels ou artificiels) s’est avérée nécessaire pour régulariser ces débits sur l’année. Ce manque de concordance entre les possibilités de production et les besoins de consommation en hiver sera toutefois compensé, dès les années 1920, par le développement des réseaux de transport d’énergie.

Le parc hydromécanique alpin était fort important à la fin du XIXème siècle. Les plus célèbres aménagements sont ceux de Régis Joya en 1863 à Uriage, et d’Aristide Bergès (un pyrénéen d’origine) en 1869 à Lancey, pour les besoins d’une papeterie.

D’un point de vue économique, les Alpes sont historiquement entourées de riches régions : vallées du Rhône, de l’Isère, du Dauphiné, comportant des grandes villes industrielles comme Lyon ou Grenoble, ayant des demandes importantes en énergie.

Le contexte était donc des plus favorables aux développements de l’exploitation de « la Houille Blanche ».

C’est en 1882 qu’une des premières demandes de concession fut présentée pour l’établissement d’une usine hydroélectrique, associée à la construction d’un barrage sur la Valserine. Dès 1884, l’usine correspondante permettra l’éclairage électrique de la commune voisine de Bellegarde, grâce à une puissance récupérée de 900 cv sous 30 m de chute.

En 1883, un premier transport d’énergie en courant continu sur une courte distance sera réalisé entre Vizille et Grenoble, par Marcel Desprez.

Le nouveau mode d’éclairage par l’électricité allait alors être adopté par plusieurs petites villes : la Roche-sur-Foron, Modane en 1885, Culoz en 1890, Cluze et Moutiers en 1892, Rumilly en 1893,…

A la fin du XIXème siècle, les besoins en énergie de l’industrie alpine étaient déjà très significatifs. Ainsi l’usine hydroélectrique de Venthon, près d’Albertville, peut être considérée comme un des berceaux de l’électrométallurgie française. En effet, c’est sur son site qu’ont été réalisés dans les années 1890, les premiers essais industriels permettant d’établir ensuite dans la ville voisine d’Ugine la plus grande aciérie du monde, à son époque.

Mais la première usine hydroélectrique importante des Alpes sera construite en 1899 à Champ-sur- Drac. Sa conduite forcée a détenu pendant longtemps un record mondial, de par ses dimensions (3,30 m de diamètre sur 2 400 m de longueur).


Centrale de Champ sur Drac

La période de la guerre 1914-1918 a été un stimulant pour l’hydroélectricité alpine en raison des nécessités de la défense nationale. Afin de fournir de l’énergie aux industries fabriquant des produits azotés, on construisit les usines de Tencin (1916), Fond-de-France (1918), La Bourne (1919), … En 1923, la puissance installée dans les Alpes sera de l’ordre de 1 200 000 cv, soit plus de la moitié de la puissance hydroélectrique nationale, dont les ¾ dans les Alpes du Nord.

Jusqu’à la crise économique des années 1930, de nombreux aménagements (Viclaire, Rondeau, Pizançon, Le Sautet, Perrière-Vignotan, Le Chambon, Bissorte…) ou réaménagements d’usines (Fond-de-France) seront encore effectués, souvent en liaison avec les besoins de l’électrométallurgie et de l’électrochimie. Ainsi de puissantes sociétés (Ugine, la Compagnie des produits chimiques Alais, Froges et Camargue) deviendront propriétaires de nombreuses centrales.


Vue amont du barrage du Sautet

Le bassin versant de la Haute Isère est l’un des plus importants de France au niveau hydroélectrique. Après la guerre 1939-1945, plusieurs grandes centrales y seront installées (Pralognan, Malgovert, Randens, Les Brévières, Arly, …), ainsi que des barrages régulateurs imposants, comme celui de Tignes avec une retenue de 230 millions de m3, ou de la Girotte avec 70 millions de m3.

La prise en charge par E.D.F. en 1946 de la gestion du parc hydroélectrique français va permettre la construction, à compter des années 1960, d’aménagements très significatifs. De nouvelles grandes centrales seront réalisées : La Bathie (490 MW) alimentée par le barrage de Roselend, Monteynard (360 MW) sur le Drac, Villarodin (480 MW) en liaison avec la retenue du Mont-Cenis, Serre- Ponçon (360 MW) associée à un barrage fort imposant (1,2 milliards de m3)…, ainsi que plusieurs Stations de Transfert d’énergie par Pompage (S.T.E.P.) : La Coche (310 MW), Super-Bissorte (765 MW), …

Mais, sans nul doute, le complexe hydroélectrique de Grand’Maison (1 840 MW) constitue la réalisation la plus emblématique de l’épopée hydraulique de la fin du Xxème siècle en France. Les huit groupes pompes-turbines réversibles et les quatre turbines Pelton de cette centrale mise en service en 1988 permettent d’optimiser les volumes d’eau stockés dans un bassin inférieur et dans le barrage (140 millions de m3) situé à 1 600 m. d’altitude, selon les besoins de la consommation en électricité.


Barrage de Grand'maison

Les ordres de grandeurs précédents, indicatifs de quelques puissances installées, ne peuvent donner qu’une vision partielle de l’importance historique du parc hydroélectrique des Alpes. Ainsi, au niveau national, la production alpine est globalement équivalente à celle de l’ensemble Rhin, Massif Central et Pyrénées…

 

Textes de Pierre CRAUSSE (cf bibliographie)

 

 

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